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Bartabas
 
Les grands artistes n’ont pas de biographie

Leur vie, c’est leur oeuvre, et rien d’autre. Comment pourraient-ils s’encombrer d’un état civil, eux qui sont à la bordure de ce monde et jamais de leur époque ? Ce dont ils ont hérité vient des siècles très anciens ; ce qu’ils ont créé appartient déjà aux temps futurs. Ils nous sont prêtés, profitons-en, car on sent bien qu’il nous faudra un jour les restituer.

Qui est Bartabas ? J’ai beau le connaître et l’admirer depuis des années, je ne sais toujours pas. Si peu homme, tellement cheval. Jusque dans cette manière de parler comme on s’ébroue, de regarder avec les oreilles, de toiser l’importun, de sans cesse chercher à fuir. A-t-il quarante-six ans ? Non, c’est un contemporain de Baucher, un ami de Franconi, l’enfant naturel de Pina Bausch et d’Oliveira, un vieux sage, un enfant insolent, un elfe. D’aucuns prétendent qu’il est né dans la région parisienne. J’en doute. Dans son sang diapré coule en effet du Rajasthan, de la Géorgie, de la Corée, de l’Afrique, du Kalaripayatt et s’il vit aujourd’hui à Aubervilliers, c’est dans une roulotte, qui ne demande qu’à être attelée. Bartabas, pèlerin gitan, écuyer de Versailles, chaman de Sibérie, Molière en selle, chef de cirque, de troupe, d’écurie, qui n’en finit pas de commander, en marge du monde réel, l’armée pacifique des rêves.
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